Coronavirus : la BCE et Lagarde sous le feu des critiques
La prise de parole de la présidente de la BCE jeudi a été suivie d`une chute historique des Bourses. De nombreux responsables politiques européens critiquent une communication maladroite.
Christine Lagarde à Francfort le 12 mars. KAI PFAFFENBACH / REUTERS
Une réponse ambitieuse mais rendue inaudible par une communication maladroite: loin d`apaiser la panique financière face au coronavirus, la Banque centrale européenne a déclenché jeudi 12 mars un feu de critiques, qui visent directement sa nouvelle présidente.
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Jeudi, pour son premier grand test à la tête de la BCE, Christine Lagarde a déjoué les attentes: d`abord par un arsenal technique, destiné à maintenir banques et entreprises à flot pour éviter une vague de défaillances, plutôt que par une baisse de taux dont l`intérêt aurait surtout été symbolique. Ensuite par un ton ferme voire abrupt, renvoyant aux États l`essentiel de la réponse sanitaire et économique à cette crise, quand son prédécesseur Mario Draghi avait habitué les marchés à beaucoup attendre des banques centrales. Enfin, interrogée sur la défiance entourant la dette italienne, qui perturbe le financement du pays alors qu`il est submergé par l`épidémie, elle a répondu que la BCE n`avait pas pour «mission de réduire les “spreads”», soit ici l`écart entre le taux italien et le taux allemand de référence.
«Je me bornerai à qualifier ses propos d`“accidents” car je suis un ministre de la République, sinon j`aurais utilisé un autre mot», a sèchement répliqué jeudi soir Stefano Patuanelli, ministre italien du développement économique, sur la chaîne Rete4.
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Christine Lagarde demande une «réponse coordonnée» face au coronavirus
L`épidémie de coronavirus requiert une «réponse budgétaire ambitieuse et coordonnée» a estimé la présidente de la Banque centrale européenne Christine Lagarde le 12 mars 2020 à Francfort.
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Christine Lagarde forcée de rectifier le tir
Pour lui, la conférence de presse de Christine Lagarde jeudi a causé «la plus importante chute à la Bourse de Milan» (-16,92%), pendant que les autres Bourses s`effondraient elles aussi dans des proportions historiques.
La sortie de Christine Lagarde renvoie certes au mandat de la BCE, qui se limite à viser un niveau d`inflation. Mais la forme est si inhabituelle que la présidente a dû dans la foulée rectifier le tir sur la chaîne CNBC, promettant d`utiliser «toute la flexibilité» du programme de rachats de dette. En clair et tant qu`elle respecte certaines limites, la BCE peut racheter plus d`obligations d`État italiennes, sans devoir afficher ce soutien ciblé. «Nous pouvons nous concentrer sur des juridictions particulières en fonction des circonstances», a confirmé vendredi l`Italien Ignazio Visco, membre du conseil des gouverneurs de la BCE, auprès de Bloomberg TV.
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L`institut monétaire a même accru jeudi ses marges de manœuvre en dotant son programme de 120 milliards d`euros supplémentaires d`ici la fin de l`année.
Mais cette bourde n`a pas favorisé l`accueil du paquet de mesures adopté par la BCE, d`autant qu`il contraste avec les baisses de taux précoces et franches de la Réserve fédérale américaine et de la Banque d`Angleterre. «La Banque centrale européenne a fait part de ses premières décisions. Seront-elles suffisantes ? Je ne le crois pas», a estimé dès jeudi soir le président français Emmanuel Macron.
«J`aurai mon style»
Le commissaire européen chargé du Marché intérieur, Thierry Breton, a lui aussi jugé vendredi que la BCE devrait «aller plus loin». «Mme Lagarde sait très bien qu`elle s`est trompée dans sa réponse», assénait de son côté l`ancien chef du gouvernement italien Matteo Renzi sur Europe 1. «Nous devons donner aux familles, aux petites et moyennes entreprises, des liquidités, pas les réponses bureaucratiques d`hier».
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Or c`est justement un ambitieux programme de liquidités que la BCE a annoncé jeudi, avec une stimulation inédite des prêts bancaires ciblée sur les PME fragilisées. Mais le message ne semble guère être passé. Venant à la rescousse dans un billet de blog, le chef économiste de l`institut Philip Lane a dû expliquer vendredi que l`arsenal de la BCE revenait à «abaisser les coûts d`emprunt dans l`économie», plus efficacement qu`une baisse de taux.
«Ce qui n`a pas fonctionné, ce n`est pas la composition du paquet de mesures mais quelques messages malencontreux de la présidente Lagarde. C`est une erreur de communication importante», relève auprès de l`AFP Mark Wall, chef économiste de Deutsche Bank.
L`ancienne patronne du Fonds monétaire international, première dirigeante de la BCE dépourvue de formation d`économiste et d`expérience des banques centrales, avait promis en décembre d`avoir «son propre style».
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Mais face à cette épreuve complexe, la Française «a mal vendu les mesures de la BCE et a encore accru l`incertitude sur les marchés», déplore le quotidien allemand Handelsblatt.
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